AffichéesNicole Miquel

Chaque photographie a valeur de document, de support de mémoire, caractères primaires de ce médium, compte-tenu de sa fonction indicielle.
August Sanders, maître incontesté dans l’histoire de la photographie, a réalisé un portrait de
l’Allemagne à travers ses diverses catégories sociales. Mon ambition est de donner à voir et
d’inscrire dans l’histoire, entre portrait et archive, deux générations de lesbiennes.
Par cette série « Affichées », mon désir premier est de rendre visibles et de mettre en lumière des femmes que j’ai connu dans mes bars lesbiens à Paris de 1990 à 2004.
Ces femmes, je les ai rencontrées dans le début dans leur vie d’adulte, je les ai entendu se
questionner sur leur avenir. Ma position m’a permis d’être témoin de leurs chemins empruntés, de leurs recherches, de leurs avancées, de leurs réalisations jusqu’à la maturation de leur parcours de vie aujourd’hui. Elles sont devenues des femmes puissantes, créatrices et ces portraits leur donnent une visibilité qui me tenait à cœur.
Le protocole pour chaque portrait est identique : lumière du jour, fond neutre, point de vue frontal, cadrage.
Une séance de portrait repose sur l’interaction entre la photographe et la photographiée, le portrait se fait toujours à deux avec les regards qui s’éprouvent réciproquement. Il présuppose toujours un pacte dont l’enjeu est la rencontre et la négociation de deux désirs.
Ma proposition : s’installer avec une pose naturelle, les mains occupées par un objet de leur choix qui à la fois ajoute une narration de leur image et qui permet une attitude moins conventionnelle, un regard droit, direct, puissant, illustrant cette phrase que je leur énonçais à toutes et leur demandais de faire paraître : Je suis là et moi aussi, je vous regarde.
Pour cette exposition, je présente trente de ces portraits de peintres, de musiciennes, réalisatrices, comédiennes, metteuses en scène, productrices, libraires, éditrices
Le parti pris de l’affiche souligne le caractère politique et informatif de l’objet chargé d’évoquer une partie de la réalité sociale et culturelle et qui va à l’encontre de la représentation idéalisée de la photographie. Ce support, au-delà de son caractère informatif, représente des femmes libres de leur choix de vie, visibles, présentes. Affichées dans la société contemporaine, c’est aussi affirmer le courage de ces modèles.
J’accompagne ces portraits d’archives personnelles, flyers, posters, poèmes appartenant à l’histoire de mes rencontres avec les modèles dans les années 1990 à 2004 pour révéler le contexte culturel de l’époque où la sortie du placard devenait enfin possible.

Du 14 février au 6 mars 2020
Vernissage vendredi 14 février à 18h
Ouvert du mardi au samedi de 14h à 20h
Fermé les dimanche et lundi

CETTE EXPOSITION REMPLACE L’EXPOSITION RÉSONANCES